A la machine à café, sur Facebook, sur Twitter ou sur l’oreiller, qu’elles le veuillent ou non, les émissions de télévision génèrent des conversations. En bien, en mal, pourvu qu’on en parle. Sauf que la délinéarisation forcenée des contenus et la prochaine vague de téléviseurs connectés à internet risquent bien de faire chavirer les paquebots rétifs à intégrer la dimension participative dans le processus-même de création de leurs émissions.
“Engagez-vous !” qu’il disait
Des sociétés se sont fait une spécialité de cette mesure qualitative du bruit généré autour des émissions de TV (Trendrr, Bluefin Labs, and Netbase, pour ne citer qu’elles). Le graphique ci-dessous, publié par Anne-Marie Roussel, montre bien l’activité suscitée “tout autour” de la diffusion elle-même d’une émission, laquelle cesse enfin d’être considérée comme une fin en soi, mais bien une étape dans un (plus ou moins long) processus.

Inclure la dimension participative dès le stade du brainstorm créatif permettrait donc d’établir une stratégie non seulement pour le contenu réellement diffusé (afficher un live-tweet à l’antenne relèvera bientôt presque de la commodité), mais aussi et peut -être surtout, afin d’exploiter au maximum les “produits dérivant” que sont les conversations qui naîtront tout au long des cycles de vie du produit (lorsqu’il n’est pas à l’antenne, donc, soit la plus majeure partie de sa vie)
About 40% of tweets during prime-time hours are about television
source: Beet.tv
“A quel(s) type(s) d’internautes notre produit risque-t-il de s’adresser ? Comment repérer d’éventuelles communautés existantes ? Comment casser la glace sans apparaître comme un vendeur de savonnettes ? Quelle part de contrôle acceptons-nous de perdre ? Quel budget peut-on allouer à la mise sur pied d’une opé imprévue mais dont l’urgence est dictée par les réactions de la communauté ? etc.).
En gros, il s’agit de gérer une émission comme un objet vivant, qui peut évoluer (pivoter, comme on dit dans la Silicon Valley), qui va se rendre servicielle pour sa communauté (celle targuetée initialement et/ou celle qui va s’emparer du produit)
Etre capable d’amorcer la pompe le plus tôt possible dans le processus en engageant des discussions en ligne très tôt en amont permet de donner une “brand awareness” moyenne plus élevée que dans les cycles de promotion traditionnels (où généralement, soit c’est tout, soit ce n’est rien en terme de force de frappe marketing). Lors de la diffusion/lancement, cela permettra de bénéficier d’une force d’inertie déjà très élevée et de connaître une décroissance naturelle de l’intérêt qui partira de plus haut dans la courbe.
J’ai pu constater ce phénomène lors du lancement de l’émission SansChichis (RTBF), qui bénéficiait depuis 3 mois d’une accompagnement en interne à l’émission déjà très fort sur les réseaux sociaux (sur Facebook en particulier). Cette présence de pré-lancement a permis lors de celui-ci de bénéfcier d’une brand-awarness déjà importante, et d’un trafic referall sur le site d’emblée au-dessus des 10 pc (12 pc, si je me souviens bien). Et de le maintenir, voire de l’augmenter selon une courbe haussière progressive, mois après mois.*
Les individus multitaskant sur leurs différents écrans vont d’ailleurs rendre les mesures TV classiques complètement obsolètes. Les rapports d’audience de la veille (vous savez, ceux à la grosse louche sur les 4ans et +) sont en passe de devenir aussi ringards et dangereux qu’IE6…
Réussir à qualifier et à transformer ces data sociales en monnaie sonnante et trébuchante ne sera pas une sinécure, mais assurément un passage obligé pour valoriser le temps réel d’attention et de traction généré par les nouveaux cycles de vie des produits.
Pimp My Promo
Exploiter les conversations nécessite donc de créer des conditions propices, de targueter les plus remuants parmi les internautes qui montrent un intérêt pour le produit et de mobiliser les ressources humaines ad hoc aux bons moments.
Les utilisateurs les plus virulents s’avèrent d’ailleurs très souvent d’excellents ambassadeurs par la suite, si vous ouvrez vos oreilles et agissez avec transparence. Vous montrez par la même occasion qu’il y a bien un humain derrière votre page Facebook et votre compte Twitter. Et qu’au final, il ne faut pas forcément une machine de guerre promotionnelle pour générer de l’attention qualitative vers votre produit.
“Oui, mais un Community Manager à plein temps, ça se paye”. Certes, surtout si vous anticipez bien et l’engagez assez tôt.
Sauf que les premiers à pouvoir “vendre” le produit sur les réseaux, ce sont les membres de l’équipe de prod elle-même. Les acteurs (au sens large) du produit peuvent (doivent ?) désormais se sentir concernés par une promo latente mais constante tout au long du processus de fabrication.
Donner à voir et à entendre des éléments de backstage, des liens, des impressions, des photos, des vidéo vite et bien torchées. Bref, créer une atmosphère, susciter de la confiance, établir des relations qui ont du sens … à condition bien sûr d’être fiers de leur produit. A ce stade, les télés dont la production propre (vs, produits achetés à l’extérieur) est importante vont avoir un avantage colossal. Et si l’écoute des internautes se fait de manière coordonnée et que chacun prend sa part de responsabilité (à commencer par les régies et les centrales d’achat médias), tous les intermédiaires actuels ne seront peut-être pas balayés…
C’est en fait beaucoup plus une question d’individu et de timing que de force de frappe. Et, à nouveau, pour l’avoir vécu, c’est un processus proprement passionnant et humainement fascinant.
Mais anticiper, accepter et de favoriser l’entrée le public dans le processus de fabrication, cela signifie aussi remettre en cause les processus internes des “vieux” médias. Lesquels, outre le fait de ne pas être forcément ceux à qui l’on pense en premier, n’auront pas trop le choix s’ils veulent survivre à la décénnie qui s’annonce. (1,2)
Copernic la TV !
Tous les indicateurs sont au vert. Le web et les écrans de télévision vont fusionner (lire à ce propos l’excellent papier de Eric Scherer : “C’est le tour de la télé ! “ ). Et l’actuel CES de Las Vegas ne fait qu’entériner un peu plus la vague de fond qui se profile à l’horizon. Dans peu de temps, les internautes pourront en effet faire se cotoyer en tête de gondole sur leur zapette aussi bien La Une et M6 que Les Echos ou Le Soir, le channel Youtube de Lady Gaga, celui sur Dailymotion de Remi Gaillard ou celui sur Itunes de Louis C.K.
Les clash frontaux entre producteurs natifs et migrants, entre tous les David et les quelques Goliath du petit écran vont valoir le détour. Surtout aux heures de grandes audiences de la TV. Je trépigne déjà d’impatience à l’idée de voir un jour un pur producteur web vendre un contenu à haute valeur ajoutée (cfr plus haut) à un médias historiquement papier (par exemple), qui le programmera en direct face à un gros JT…
Je rêve également des premiers contenus contextualisés et géolocalisés selon l’endroit où je me trouve (en réalité augmentée, via des lunettes ad hoc) ou encore d’une plateforme d’échanges permanents entre producteurs et consommateurs (non pas un média qui crée une plate-forme de plus, mais bien un média qui DEVIENT plate-forme, littéralement. Avec tout ce que cela comporte comme API et comme process de co-création de valeur ajoutée).
Evidement, ne soyons pas naïfs au point de croire que l’oligarchie médiatico-politique en place se laissera détrousser sans réagir. Bien sûr que les grands networks vont s’adapter (il ont les poches suffisamment profondes pour continuer à se tromper) , bien sûr que TF1 existera toujours dans 10 ans et que Sarko ou son successeur continuera à nommer le président de France TV. Bien sûr que les journalistes vont comprendre l’intérêt des conversations et évidemment que le journalisme n’échappera pas plus aux logiques commerciales de demain qu’à celles d’hier.
Mais entre tout cela, le champ des possibles n’a jamais été aussi grand et le jeu aussi ouvert qu’aujourd’hui. Les barrières et les freins à l’entrée sur le marché des contenus n’ont jamais été aussi bas. La culture numérique est en train de faire bouger les lignes de force et dans les états-majors une nouvelle génération de manager est en train de s’imposer.
(parenthèse)
En fait, et à nouveau selon mon expérience perso, le darwinisme à l’oeuvre s’avère bien plus cruel pour les ceux qui réchignent à intégrer la philosophie du web que pour ceux qui n’en maîtrisent pas la technologie. On peut être jeune, geek et socialement con comme un balai. Tout comme on peut avoir 60 berges, téléphoner avec un Nokia 5110 et se montrer d’une finesse rare dans la gestion de ses relations avec autrui. Depuis quand avoir un iPad rendrait intelligent ?
(/parenthèse)
#DataPorn
Un dernier aspect qui me semble important avec la généralisation des smartv et des dynamiques de double écran – les tablettes/mobiles jouant le rôle de porte d’entrée et d’interface vers un environnement sécurisant et complètement dédié aux “expériences utilisateur” (cfr ce répertoire d’applications qui socialisent déjà la TV), c’est la kolossale orgie de data à laquelle nous allons assister.
Chaque adresse ip fera l’objet d’un tracking individuel, chaque consommateur verra son “alimentation” passée au crible (think about Facebook, Apple, Google … ). Appliqué à l’univers de la TV, les conversations autour d’une émission vont permettre d’hyper segmenter les audiences, de les recouper et de leur adresser e.a. des pubs avec de très bons taux de clics (à défaut de mieux) mais également toute une nouvelle gamme de produits dérivés, issus notamment du catalogue “longue traine” des producteurs, de leurs partenaires, des recommandations par les pairs … et des conversations elles-mêmes.
Reste qu’offrir un bon service de catch-up ou de video on demand est une chose, capitaliser sur les conversations et “hacker” en permanence sa conduite pour générer de la plus-value “sociale” tout au long des cycles de vie des produits diffusés sur écran(s) en sera une autre.
Gentlemans’s, Start Your Engines !
(pour suivre ma veille sur le futur de la télévision, n’hésitez pas à jetez un oeil aux liens que je collecte chaque jour)
Je n’ai ni MBA en économie ni master en ingénierie fiscale, mais cela fait un petit bout de temps maintenant que j’observe et apprends à comprendre les dynamiques et les mécaniques financières liées au lancement d’un produit, d’un service … essentiellement dans le domaine des nouvelles technologies, boulot oblige.
Mon choix de rejoindre OWNI/22Mars en début de cette année n’était d’ailleurs pas anodin tant la soucoupe m’apparaissait comme l’endroit idéal pour innover et me confronter aux réalités de l’entreprenariat. Cette aventure est proprement passionnante et c’est vraiment avec beaucoup de plaisir que je participe à l’effort de guerre que représente son financement, mois après mois.
Parallèlement à cela, j’ai la chance depuis quelques semaines de pouvoir investir un peu de mon temps et de mon énergie aux cotés des fondateurs d’Idealy.com, de “vieux routiers” du monde de l’entreprenariat qui se sont donnés pour objectif de repérer et d’accompagner des porteurs de projets, tous secteurs confondus, dans le lancement de leur activité.
Je dois bien avouer que c’est ici aussi parce que le “courant” passait bien avec les bonhommes, Olivier, Ivan et Antoine dans un premier temps, avec le reste de la bande aussi par la suite, que je me suis laissé entrainer.
L’idée de pouvoir aider des jeunes qui ont les couilles de se lancer, de partager ce que je sais et de sortir un peu la tête de l’univers exclusivement techno me plaisait beaucoup. Pouvoir continuer à apprendre au contact d’individus avec une telle expérience était aussi une sacrée bonne raison de me rendre disponible.
“We Are What We Share” est un état d’esprit qui me convient plutôt bien et c’est donc avec beaucoup de plaisir que j’ai accepté de faire partie du jury des premiers “Business Awards” que Idealy a initié cette année avec le magazine féminin ELLE Belgique.

Une sacre belle expérience, plus de 114 projets soumis exclusivement par des femmes, des sacs à main, des produits de beauté, des services web autour du voyage, de la déco, de la couture, des idées bankables, d’autres moins, mais avec toutes en commun une superbe énergie et des personnalités remarquables. Bref, que du bonheur
Ce vendredi sort donc l’édition papier du ELLE (la 100ème, si je ne me trompe) avec une série de papiers de présentation des Business Awards, et des deux projets qui ont été récompensés (+ d’infos ici).
Jetez un oeil à la vidéo ci-dessous pour vous donner une idée de l’atmosphère qui régnait lors des pitchs et de la journée de démo des projets. Perso, je trouve que cela résonne très juste par rapport à ce que j’ai pu vivre … chapeau à Fabrice et à Olivier d’avoir réussi à saisir ces moments et bonne chance à Marine, Lisa et toutes les autres idéatrices !
(NB: Si vous aussi vous êtes porteur d’un projet, d’une idée que vous avez envie de creuser, de créer votre propre boîte, n’hésitez pas à contacter les fondateurs d’Idealy via l’Ideabox, disponible sur leur site.)
La recommandation par les pairs est l’un des phénomènes les plus puissant révélé par la “démocratisation de la diffusion“. En 2012, pour les journalistes, et ceux qui aspirent à le devenir, justifier sa place de médiateur de l’information passe donc immanquablement par une plongée en apnée dans le grand bain des réseaux sociaux. Twitter, Facebook, Instagram, Soundcloud, Storify … sont donc AUSSI le terrain.
https://twitter.com/#!/jphmathieu/status/147021297086496768
Comment en tant que journaliste, réussir à tirer son épingle du jeu dans ce processus où la publication n’est plus une fin en soi. Où il y a un avant, un pendant et un après. Où le flux dicte sa loi et où les absents ont plus que jamais tort.
Je n’ai pas de baguette magique mais voici 10 pistes qui me semblent intéressantes à creuser.
1) Trouvez-vous un binôme, un partenaire, un homme/femme de confiance avec qui le courant passe bien. Et faites comme Starsky et Hutch. Couvrez-vous l’un l’autre. A la vie à la mort. Pendant que l’un se rend physiquement sur un évènement, prend des photos “décalées” (càd pas celles über conventionnelles que tous les autres auront), chope de la vidéo (idem), tweete (idem) et prend la température de ce qui se trame, l’autre, au poste devant son desk, se charge de mettre en musique le tout et de re-raconter l’histoire en y ajoutant les réactions/commentaires publiés par les internautes. Inversez de temps en temps les rôles et ajustez le curseur de votre collaboration. C’est à mon sens l’un des meilleurs façons de lutter contre le darwinisme à l’oeuvre dans les rédactions.
2) Partagez et donnez à voir de vous tout ce qui permettra aux internautes de sentir de quel bois vous vous chauffez. Tout ce que vous ne partagerez pas, vous le perdrez. Et assumez une bonne fois pour toutes que si vous faites ce métier, c’est aussi pour soigner votre égo, légèrrement surdimensionné par rapport aux individus lambda. Vous verrez, ça fait un bien fou et votre psy vous félicitera Vous apprendrez d’autant plus facilement de vos échecs et vos succès auront bien meilleur goût.
3) Gardez en tête que chaque tweet peut être le dernier pour le compte de votre employeur actuel. Si vous le critiquez en ligne, il sera obligé de vous virer. Idem si vous sortez des clous de la légalité. Soyez conscient que même après votre service, vous êtes toujours identifié comme employé de votre média. Si vous souhaitez garder une partie de votre vie privée, ne la mettez pas ligne. Et arrangez-vous avec vos potes pour qu’ils respectent l’intimité de vos beuveries.
4) Testez, expérimentez, bidouillez. Et recommencez. C’est à ça que servent votre liste Twitter “Technologies” et votre blog. Apprenez à coder. Mettez les mains dans le cambouis. Le web est un outil. Ce que vous en ferez ne dépend que de vous et de votre curiosité.
5) Ne faites pas comme si vous aviez la science infuse. Plus personne ne vous croit quand vous traitez le même jour 10 infos sur des secteurs complètement différents en prétendant avoir “fait le tour de la question”. Rendez à César ce qui lui appartient. Faites des liens, embeddez des tweets, sourcez le blogeur qui a inspiré votre papier. Dites quand votre définition vient de wikipédia. Gagner la confiance des individus connectés ne se fait pas en un jour … Avouez vos limites, ouvrez la porte aux experts en ligne qui pourraient enrichir et augmenter votre travail. Faites-le de préférence en amont de sa diffusion.
6) Intéressez-vous à ce qui se passe près de chez vous, là où vous habitez. Votre boulangère, votre facteur ou votre plombier sont d’excellentes sources d’informations. Allez boire des coups au bistro du coin. C’est aussi ça le terrain. Et une opportunité stratégique parmi les plus intéressantes.
7) Ouvrez vos contenus et faites en sorte qu’aucune barrière ne subsiste à leur propagation. Trackez-en l’usage et faites en sorte d’apprendre tous les jours un petit peu plus à qui vous vous adressez. Intéressez-vous à leurs centres d’intérêts. Ils ne sont pas arrivés sur votre article par hasard. Plongez-vous dans Google Analytics, ce n’est pas sale.
Harceler vos institutions publiques pour qu’elles mettent à votre disposition et à celle des internautes les données relatives à son fonctionnement. En tant que citoyen, vous avez le devoir de vous insurger contre leur utilisation exclusivement commerciale par des entreprises privées. En tant que journaliste, c’est une mine d’or pour traquer les dysfonctionnements et mettre en lumière les paradoxes de notre société.
9) Soyez béton sur les faits, recoupez vos sources et respectez celles qui demandent à rester anonymes. C’est ce qui vous différenciera. Car pour tout le reste, le commentaire, l’analyse, la mise en contexte, la polémique, la critique … il ne faut pas être journaliste.
10) Vous n’avez pas choisi le métier le plus facile ni le plus bankable, alors faites au moins en sorte de prendre votre pied. Soyez vous-mêmes et dites-vous bien qu’on n’a pas attendu le numérique pour voir les cons voler.
Bonne année à tous !
à lire aussi:
Ten things every journalist should know in 2012 (Journalism.co.uk)
Quelles tendances pour 2012 ? (Work In Progress)
Parce que les groupes médias sont avant tout constitués d’êtres humains, j’essaye de tenir à jour la listes des “payroll” de chacune des grandes entreprises de presse actives sur le territoire belge, tous titres et supports confondus.
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Vu le mercato quasi permanent et les multiples collaborations que des journalistes peuvent avoir, n’hésitez pas à me signaler les oublis (qui doivent être nombreux dans cette première version) et/ou les erreurs d’attribution, je les ajouterai/rectifierai asap. … work in progress, donc.
Agence Belga (16 membres)
RTL (Tv, Radio, Web: 24 membres)
RTBF (TV, Radio, Web: 143 membres)
VRT (TV, Radio, Web: 6 membres)
Persgroep (De Morgen: 8 membres)
Roularta (Le Vif, Trends-Tendances: 5 membres)
Mediafin (L’Echo, De Tijd: 30 membres)
Rossel (Le Soir, SudPresse: 90 membres)
Corelio (L’Avenir, De Standaard:16 membres)
IPM (La LIbre Belgique, La DH/Les Sports, Twizz: 13 membres)
Pour info, je tiens également à votre disposition 2 listes “journalistes” (ici et ici) de presque 600 membres au total, qui regroupent des professionnels actifs aussi bien en Belgique, en France, au Québec, en Suisse, en Grande-Bretagne et aux USA.
Toutes mes autres listes (Belgium Politics: 151 membres, GeekStuff: 290 membres, Marketing / PR: 210 membres, Hack The Press: 141 membres, Corporations: 70 membres, IHECS: 61 membres et FunkyFellow: 498 membres) sont accessibles ici.
Je n’aurais pas pu mieux décrire l’état d’esprit dans lequel je me trouve à l’heure actuelle. Un tout grand merci à Julien d’avoir aussi fidèlement retranscris la conversation que nous avons eue hier à Paris, dans un café de la place de la Sorbonne. #justatruemoment
Article initialement publié sur Yakwala.fr, par Julien Le Bot
Le journaliste Damien Van Achter ne regarde pas l’avenir dans le rétroviseur. Encore que. Aucun mépris pour les bonnes vieilles pratiques, tant que le métier va de l’avant. Parce que le journalisme peut et doit revoir sa grammaire. Sur la Toile, c’est vent debout qu’on invente. Y compris en locale. Entretien.

Damien Van Achter est un journaliste qui depuis longtemps vagabonde sur le web. Quand il était à la RTBF (2007-2010), on lui a demandé de bosser sur ce que le groupe pouvait bien faire avec les réseaux sociaux. Et depuis qu’il bosse (à mi-temps) au côté de l’équipe d’OWNI.fr, il est convaincu d’une chose : le journalisme a tout à gagner à continuer de chercher. Sans avoir envie de jouer les diseuses de bonne aventure, sans même oser penser que l’avenir du journalisme est nécessairement ici plutôt que là, libre à chacun de jouer avec des hypothèses. Une révolution est en cours, allons voir ce que ça donne sur les territoires. Entretien avec @Davanac.
Pour vous, il y a deux éléments à bien prendre en compte et que nous devons apprendre à tripatouiller (sans vergogne et sans relâche) : l’information et la technologie. Pour quelle(s) raison(s) vous êtes-vous focalisé sur ces deux notions ?
Parce que c’est le mix parfait entre tous mes centres d’intérêts. Tout ce que j’ai eu l’occasion de faire dans les médias, à la RTBF ou même maintenant à OWNI, ça a été de travailler sur sortes de strates qui permettent de fabriquer des contenus. J’ai pu voir comment l’information évolue compte tenu des usages sur le web, et j’ai appris à apprécier ce que la technologie permettait de faire, de susciter, de développer. Il y a plein de choses à monter, à agencer, à compiler, et nous n’en sommes qu’au début.
Cette plasticité de l’information et ce potentiel lié aux outils de publication à l’heure du numérique ont pour vous bien des vertus, jusques et y compris à l’échelle locale, n’est-ce pas ?
Exactement. Et j’en ai eu une nouvelle fois la confirmation lors des dernières sessions de « MasterClass » en résidence que j’ai animées pour des étudiants de L’Institut des Hautes études des communications sociales (IHECS). Nous sommes allés nous installer à Eghezée, dans une vieille gendarmerie que nous avons réaménagée. Et là, nous avons travaillé sur du local, du local, et encore du local. Franchement, j’y ai pris beaucoup de plaisir. On est resté focalisé sur ce territoire où il se passe, finalement, plein de choses, mais dont on ne parle pas. En un certain sens, on a même fabriqué de l’information hyperlocale. Je veux dire : de l’information qu’on ne trouve pas dans les journaux locaux.
Et précisément, vous avez travaillé sur quoi ?
Avec quel matériel avez-vous travaillé ?
Avec tout ce que des professionnels peuvent aujourd’hui utiliser. Les technologies, quo qu’on en dise, sont extrêmement abordables, et la prise en main de ces outils n’a rien de sorcier. J’ai voulu montrer aux étudiants qu’avec toutes ces nouvelles technologies, on pouvait générer de nouvelles formes de récits et aller chercher tout ce qui peut se passer sur un territoire donné.
Les journalistes n’ont plus le monopole du récit. Le public est parfois en mesure de répondre, de réagir, voire de publier sans avoir à faire appel à qui que ce soit. Qu’est-ce que ça change, là aussi, à l’échelle locale, et qu’est-ce que ça vous inspire ?
Tout l’écosystème de l’information change. On ne vit plus de la même manière. Je me dis souvent que si on arrivait à être pédagogue et si on pouvait permettre à des acteurs locaux d’avoir toujours plus d’autonomie (notamment vis-à-vis des technologies), nous verrions sans doute des récits apparaître. Chacun pourrait raconter ou parler de ce qui se passe, de ce qu’il voit, de ce qu’il fait. Finalement, il y a comme une horizontalité qui se déploie sur les territoires, finalement, avec les nouvelles technologies. Chacun est média s’il le souhaite. Enfin, il y a toute une dimension de « service » qui y trouve un second souffle. Notamment parce que l’information peut être facilement accessible et ciblée.
Quelle est alors l’ADN de l’information hyperlocale ? Et le mantra du webjournaliste local ?
« Back to the roots ». Il faut être là, se promener, observer, partager. Poser ses valises. C’est une logique à part entière. Il faut réussir à s’installer quelque part. Le web hyper-local, c’est un web hyper-territorialisé. C’est un exercice original, qui réclame pas mal de savoir faire. Etre identifié par tous, connaître le coin, sentir les choses.
Justement : qu’en est-il du webjournalisme local ? Les médias ont-ils réussi à prendre le virage ?
Ils ont du mal à faire leur révolution, à s’adapter à un environnement où chacun est en mesure de publier, de commenter, de faire remonter des informations. Pourtant, il y a un vrai travail à faire avec des contributeurs motivés pour densifier le maillage hyperlocal et trouver des histoires, des infos (y compris pratiques).
Sempiternelle question : mais comment fait-on pour financer tout ça ?
Je n’ai pas de baguette magique et, d’ailleurs, personne n’en a. Mais la solution se trouve sans doute du côté des services, de l’achat groupé, etc. Pour ce qui est de la publicité, le volume n’a pas de sens à l’échelle locale. Bâtonner de la dépêche ou reproduire de l’agenda culturel, ça n’a pas de sens et ça ne génère pas ou plus de revenus. Il faut être pratique, utile, savoir diffuser vite et bien. Repérer ceux qui ont envie de participer à la fabrication de récits, aussi.
La pédagogie, c’est un mot clé : permettre à tous de « mieux » contribuer ?
Oui, il doit y avoir quelque chose à monter en s’appuyant sur du sponsoring – notamment pour créer des ateliers ouverts à tous où la fabrique de l’info s’apprend. Les médias devraient pouvoir aider et soutenir les contributeurs qui ont envie de produire plus d’informations. Il y a aussi les commerçants locaux, finalement, qui devraient pouvoir profiter de ça pour mieux utiliser les réseaux sociaux, notamment. Le web est un bon contrepoids pour ces petites structures face aux grandes enseignes. L’échelle locale peut y trouver un second souffle.
C’est là que ça devient intéressant : la dynamique locale n’est-elle pas essentiellement modifiée ?
Il existe des outils simples et souples pour partager de l’information utile, rapide, et pratique. D’ailleurs, en termes de coûts, on n’a plus besoin de bazookas pour zigouiller des mouches. Pas besoin d’avoir une grosse logistique pour fabriquer de la bonne information. Il faut réussir à construire un modèle économique adapté, des professionnels qui partagent leurs savoirs et récupèrent en retour certaines informations, et continuer de travailler sur des outils adaptés à l’échelle locale.
Le rôle du journaliste change-t-il alors à l’échelle locale ?
J’ai rencontré, à Stanford, aux Etats-Unis, David Nordfors, un professeur de journalisme qui travaille dans le département innovation de son université. Ce dernier m’a fait comprendre qu’à ses yeux, on ne pouvait pas observer un phénomène sans l’influencer. L’objectivité, en particulier à l’échelle locale, c’est quelque chose d’extrêmement complexe. A l’heure du web, c’est encore pire puisque les informations viennent de partout. Dans ce cadre là, je pense que le journaliste est en mesure d’accompagner la façon dont l’information circule. Il y a pas mal de choses à faire autour de tout ça : on peut soutenir les bonnes pratiques, densifier son réseau, faire remonter des informations pertinentes mais sous-exposées, alerter sur ce qui se passe ou diffuser des messages utiles. Et continuer d’écrire, de filmer, d’interroger sur qui se passe.
Il faut continuer de chercher, en somme ?
On pourrait essayer de « hacker » le journalisme local : c’est-à-dire de se glisser un peu partout, de tenter de construire des choses, des modèles économiques, des formats, et il faut se rendre indispensable en étant utile et pertinent. Et ça devrait pouvoir marcher comme ça.
Crédit photo : @Lorena Biret (Licence Creative Commons)
Les enfants c’est bien. Mais parfois sans c’est bien aussi. Alors on a pris la bagnole, on a mis les enfants dedans, on les a déposés chez les grands-parents et on a roulé pendant 2 heures.
On a été voir la mer. On a mangé du poisson. On a bu du vin. On a dormi.
Le lendemain, on a re-vu la mer, on a re-mangé du poisson, on a re-bu du vin et on a re-dormi.
C’était bien.
Après, on a voulu aller à la piscine. J’ai demandé “combien ça coûte?”, en néerlandais. Le gars m’a dit “7 euros”, en français. J’ai dis “pour deux ?”, en français. Il m’a dit “non, pour un”, en néerlandais. J’ai dit “c’est cher, oufti ! ” Il a dit un truc que j’ai pas compris. Son patron est arrivé. Il a dit “Qu’est-ce qui se passe ?” J’ai compris “België Barst !” J’ai souri. Il a tiré la gueule. J’ai aussi tiré la gueule. Il a souri. On vit dans un putain de pays.
A la piscine, il y avait un sauna. C’est bien le sauna. Sauf que là, c’était un sauna à poil. On ne savait pas. On s’est foutu à poil.
J’ai regardé la bite du vieux devant moi. Ma femme a regardé les seins de sa femme. J’ai regardé les seins de ma femme. Ma femme a regardé ma bite. Le vieux et sa femme ont rigolé. On s’est rhabillé. On est rentré à Eghezée.
Bref, j’ai passé 48h à la côte belge.
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