Si vous me lisez depuis un certain temps, vous vous êtes sans doute rendus compte qu’un de mes dadas était de découvrir et de comprendre comment les producteurs de contenus en général et les journalistes en particuliers allaient bien pouvoir
Androide multitask de 7ème génération, fruit des amours pas si honteuses que ça, mais toujours non déductibles fiscalement, entre un ovule technophile et un spermatozoïde journaliste.
Optimiste en traitement et petit-fils d’agriculteur, je sème à tout vent.
Ce blog est depuis 2005 le centre névrotique de mon activité en ligne, la case départ du Monopoly de mes pérégrinations numériques. Ma goutte d’égo dans un océan de 1 et de 0.
Dans la vraie vie, j'ai aussi une épouse, 3 petites filles et un job de "Social Media manager" à la RTBF,
Si vous me lisez depuis un certain temps, vous vous êtes sans doute rendus compte qu’un de mes dadas était de découvrir et de comprendre comment les producteurs de contenus en général et les journalistes en particuliers allaient bien pouvoir continuer à rentabiliser l’énergie, la passion et le temps qu’ils investissent dans leur travail à l’heure où le web vient boulverser considérablement la donne en matière de consommation de l’information. Aucun internaute ne sera en effet jamais assez sot pour sortir son portefeuille s’il peut avoir exactement la même chose ailleurs gratuitement. D’où l’intérêt de créer du contenu propre et surtout de le rendre accessible au plus grand nombre.
A mon sens, refuser de placer les “consommateurs” au centre de ce processus et chercher à les maintenir captif dans un système d’un autre âge (typiquement “payer pour avoir accès avant même d’avoir pu goûter la marchandise”) est une abération. Les médias traditionnels qui ne l’ont pas compris et qui continuent à croire que le web n’est qu’un produit d’appel vers leurs supports historiques se plantent lourdement. La seule vraie démarche digne de sens à effectuer à l’heure d’aujourd’hui est de donner les rènes à ceux qui constituent la communauté de leurs “consommateurs”. Pour les marques, cela veut dire accepter ne plus avoir de client-type mais des ambassadeurs en puissance; pour les médias, cela signifie “faire confiance” à leurs audiences et pour les journalistes, accepter de descendre de leur piedestal et se mettre au service de leurs lecteurs/auditeurs/téléspectateurs.
Loin d’être mis en danger par le web, les journalistes peuvent au contraire y trouver un formidable appel d’air et un merveilleux terrain pour exprimer les qualités qui sont les leurs en matière de contextualisation, d’enrichissement, de prise de recul, de précaution et de remise en forme digeste de l’information. Leur rôle “d’entonnoir” face aux flux gargantuesques de données qui inondent la population chaque jour n’en n’est que plus crucial. Les journalistes qui ont peur des bloggeurs à ce niveau sont ceux qui ont tout simplement la trouille de ne plus être à la hauteur de leur propre mission.
Le web et ses tuyaux à double sens rendent désormais possible un vrai dialogue entre producteurs et consommateurs, et surtout, décloisonne la frontière entre eux, chacun endossant tour à tour les deux casquettes pour in fine alimenter ce qu’on pourrait appeller le “pot commun”. Si ce que nous recherchons en “consommant” de l’info est avant tout à rassasier une soif individuelle, nul ne peut désormais ignorer que c’est en interaction avec “les autres” que celle-ci sera qualitativement la mieux comblée. Ce que je donne, je ne le perds pas car à l’instant d’après c’est moi qui reçois et à long terme c’est le groupe tout entier au sein duquel j’interragis qui s’enrichit.
Revenons à nos moutons et reposons-nous la question à 8.012 euros: “C’est bien beau tout ça, mais comment moi, producteur de contenus sur le web, je gagne ma vie si je mets gratuitement à disposition de la communauté des internautes le fruit de mon labeur ?”
Prenons par exemple ce qui se passe actuellement dans l’univers open source. Les plate-formes d’exploitation sont cédées aux clients contre une license à 0 euros et c’est la customisation de celles-ci pour les mettre pile-poil en adéquation avec les besoins de ces mêmes clients qui est rémunérée. Ensuite, les développements structurels apportés à telle ou telle plate-forme peuvent être mutualisés afin que les clients suivants puissent en bénéficier et bâtir de nouveaux services.
Pourrait-on appliquer ce processus aux médias sur le web ? Essayons pour voir.
J’offre donc l’accès gratuit aux supports des contenus que je produis (du texte, de l’audio, de la vidéo et pour bien faire les trois en même temps), c’est-à-dire que je ne mets aucun obstacle à la consommation de ma production, à son appropriation par la communauté, à sa viralisation. J’engage ensuite des discussions avec mes “clients” pour comprendre ce qui leur plaît dans ma production et comment celle-ci pourrait encore mieux rencontrer leurs besoins. En tenant compte de leurs attentes et de leurs souhaits, je customise ainsi leur expérience de mes “produits”. Ceux-ci seront donc sans cesse améliorés car ils bénéficieront d’un feedback permanent de la part de ma communauté, dont la soif d’info sera dès lors qualitativement mieux assouvie.
Et c’est ce service-là qui sera rémunéré. Car c’est dans ce processus de sélection, d’enrichissement, de recontextualisation, de mise en forme, de précaution, d’interactivité et de mise à disposition des qualités des producteurs que se trouve la vraie valeur ajoutée à l’information. Et pour laquelle je suis convaincu que les “consommateurs” sont prêts à micro-payer. (Je vous en reparle bientôt).
Je suis convaincu que cette rémunération-là, combinée à de la publicité ciblée et non intrusive, devrait pouvoir assurer aux producteurs de contenus l’indépendance nécessaire pour continuer à faire face aux groupes de pressions et aux moyens colossaux dont eux disposent pour se faire entendre.
Mais ça ne reste que mon avis perso
Je ne comprends pas trop bien où tu veux en venir. Tu voudrais faire payer tes visiteurs pour qu’ils puissent finalement donner leur avis sur ton contenu afin de le rendre meilleur ? Les blogs disposent tous, gratuitement, d’une fonction de commentaires. Quand un article ne plaît pas à ton lectorat, il te le fera savoir ou il ira voir ailleurs. Mais en aucun cas, il ne paiera pour avoir mieux. C’est ton boulot d’éditeur web de savoir ce que tu dois écrire. Mais le fait de vouloir se plier aux exigences des visiteurs fait également en sorte que tu ne peux plus te permettre de les surprendre ou de proposer une analyse partant d’un avis subjectif (et ouvrant ainsi un débat). Ce qui fait la richesse d’internet, c’est la multiplicité des sources d’infos et les différences de traitement de celles-ci. Le surfeur veut conjuguer ses lectures au pluriel. C’est aussi pour ça que, dans certains secteurs, les blogueurs se regroupent sans perdre leur indépendance. Bref, on verse dans une philosophie qui n’existe pas en Belgique : le succès de mon voisin joue un rôle positif sur mon succès.
Non, je ne veux pas “faire payer pour donner son avis”. Ca n’aurait strictement aucun sens puisque, comme tu le dis, les commentaires sont là pour ça. L’idée que je développe concerne le soutien que peut apporter la communauté des lecteurs d’un blog, d’un site proposant du contenu, quel qu’il soit, à celui qui le produit. Les boutons paypal remplissent déjà cette fonction mais sont à mon sens trop peu intuitifs, nécessitent une carte visa/mastercard et coûtent beaucoup trop cher en frais de transfert pour des petits montants. D’où la notion de micro-paiement, à l’image de ce que Howard Dean a fait pour sa campagne à l’investiture, mais via un mode beaucoup plus simple, plus rapide et accessible à tous. More to come soon
Reflexion interessante Damien. Je souscris à la première partie de ton billet. J’ai en revanche un doute sur la solution que tu préconiserai : existe-t-il un marché (même en micro-paiement) pour faire vivre un journaliste-bloggeur en Belgique francophone (max 4 millions de personnes, en comptant les nourrissons et les pensionnaires des homes qui n’ont même pas conscience de la possibilité d’existence de ton blog)?
La solution est plutôt dans l’intégration des blogs dans les plate forme des “médias”. C’est d’ailleurs ce qui nous arrive un peu à nous deux. Même si nos activités web sont “bénévoles” nous devons reconnaitre que nos employeurs en tirent un bénéfice en terme d’image et d’expertise (et inversement : c’est un échange valorisant pour les deux parties).
Cela pose en revanche la question de l’indépendance. Perso je la trouve plus grande sur mon blog qu’ailleurs pour la simple raison que je suis seul maître à bord : j’assume tout le contenu.
La “professionnalisation” de certains acteurs ne devra en outre pas empêcher les blogs “citoyens” de continuer à exister. C’est un contre pouvoir très interessant. Et j’approuve l’idée que les journalistes doivent descendre de leur tour d’ivoire, répondre aux commentaires, surfer sur les autres blogs et se coltiner au réel.
L’informatique c’est pour les utilisateurs, pas pour les ordinateurs…
Informaticien ? Vous êtes prié de lire ceci…
Il ne faut SURTOUT pas tenir compte de limites géographiques. Quand tu écris en français, tu t’adresses à l’ensemble de la francophonie et à une population multilingue capable de comprendre ton langage.
Les limites ne seraient induites que par la sélection des thèmes abordés.
Et puis, ce n’est pas parce qu’un blog se professionnalise qu’il perd automatiquement son qualificatif de citoyen. Tout bon détenteur de blog doit maintenir un regard critique sur l’information qui lui parvient.
@Fabrice: je trouve particulièrement intéressante l’expérience que vous menez à RTL en faisant “grimper” vos blogs à toi et à Thierry sur une plate-forme dédiée (et stylée). Certains journaux américains le font depuis maintenant un certain temps et avec pas mal de succès. Le cross-postage est une démarche intéressante mais qui prive les billets des commentaires déposés uniquement sur l’un ou sur l’autre… la discussion s’en retrouve passablement amputée. Je crois aussi que l’évangélisation des rédactions passe par ce créneau-là : valoriser les motivés qui ont/qui vont ouvrir un blog en leur donnant de l’espace brandé au nopm de leur média. Comme dit Laurent, l’avantage sur le web est de s’adresser à une zone de challandise bien plus large que l’espace national puisque basée sur la langue (même si politique et gsm sont deux niches complètement différentes, l’une traversant difficielement les frontières, l’autre les transcendant allègrement)
@Laurent: c’est quoi un “bon détenteur” de blog ?
Intéressant débat! D’un point de vue économique, il est clair que l’info (ou plutôt: les données, pour employer la terminologie de Bertrand Duperrin) conserve toute sa valeur intrinsèque pour son consommateur final, mais perd une bonne partie de sa valeur marchande (le prix). Sauf dans certains cas, par exemple quant aux modalités de sa transmission: les cours de bourse de bourse sont librement accessibles à tout le monde avec un différé de 15-20 minutes mais pour les recevoir en temps réel, il faut payer.
Dans ce contexte, on ne peut attendre de rémunération que de ceux qui, s’ils n’ont pas d’intérêt pour le produit lui-même (l’info), sont par contre motivés par l’échange, le rassemblement qui se fait sur le “marché”. Ce sont évidemment les annonceurs. La pub, quoi! Et pas (trop) de souci pour l’indépendance: Fortis soutient Anderlecht sans avoir peur de perdre des clients à Liège ou à Genk…
Comment le journaliste se débrouille-t-il pour survivre en tant qu’individu? Soit comme par le passé, en louant ses services à un (multi-)médiateur, d’une manière ou d’une autre, soit en stand-alone, probablement à temps partiel: le blogging professionnel est à la fois un outil de promotion et un outil de valorisation d’une expertise particulière.
Quant aux journalistes qui bloguent sur la plate-forme de leur employeur, je les engage soit à poursuivre cette activité dans le cadre de leur contrat de travail, soit à se faire payer pour ça!
NB: Le hasard a voulu que j’aborde le même thème que Damien à peu près en même temps que lui: http://blog.pickme.be/2007/05/10/les-journalistes-et-la-gratuite-de-linformation/.
mais mais mais…. c’est le “personnal branding” qu’on doit toujours podcaster ça….
Je pense qu’un bon blogueur (professionnel) est capable de se creuser une minimale mais impérative part de marché, d’obtenir de bonnes relations avec les acteurs industriels, de traiter l’ensemble de l’information récoltée et de pouvoir y ajouter une touche d’expertise avec des commentaires avisés qui permettent au lecteur de décrypter certains éléments. Le bon blogueur doit également gérer la communauté qui le lit en tenant compte des commentaires. Il doit pouvoir fournir des précisions (ou accepter d’avouer qu’il ne sait pas plus que le communiqué), renseigner ses visiteurs. Un bon blogueur doit également lire et respecter les blogs qui traitent la même info et tenter des échanges constructifs.
Quand tout cela est mis en oeuvre, il suffit ensuite de placer une encart Google AdSense et les revenus vont permettre de maintenir un certain niveau de qualité. Pour ma part, mon blog ne me permettrait pas de vivre au niveau actuel de ma vie. J’accepte de temps à autre des missions ou je saute sur des opportunités pour combler ce manque. Néanmoins, il existe une différence consistante entre le nord et le sud de ce pays. Quand je participe à un événement de communication quelque peu informel à destination des blogueurs, je vois rarement quelqu’un d’autre que moi de “belge francophone” qui vit exclusivement d’un blog. Il s’agit peut-être d’un manque d’investissements financiers au milieu d’une région mal en point. A nous de maintenir notre énergie pour maintenir la blogosphère la tête hors de l’eau.
[...] Dans la première intervention du PureBlog de ce dimanche, François est venu nous parler du Pinko Marketing, un marketing basé sur les préférences sexuelles d’un concepteur de campagne (c’est ce qui s’appelle SEOiser ses billets) Nan, j’déconne. François au sommet de son art pour 8 minutes de replaçage d’utilisateurs au centre du jeu de quille [...]