Replacer les utilisateurs au centre du jeu de quilles

Si vous me lisez depuis un certain temps, vous vous êtes sans doute rendus compte qu’un de mes dadas était de découvrir et de comprendre comment les producteurs de contenus en général et les journalistes en particuliers allaient bien pouvoir

by Damien Van Achter le 09/05/2007

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À propos de l'auteur

Androide multitask de 7ème génération, fruit des amours pas si honteuses que ça, mais toujours non déductibles fiscalement, entre un ovule technophile et un spermatozoïde journaliste.

Optimiste en traitement et petit-fils d’agriculteur, je sème à tout vent.

Ce blog est depuis 2005 le centre névrotique de mon activité en ligne, la case départ du Monopoly de mes pérégrinations numériques. Ma goutte d’égo dans un océan de 1 et de 0.

Dans la vraie vie, j'ai aussi une épouse, 3 petites filles et un job de "Social Media manager" à la RTBF,

Si vous me lisez depuis un certain temps, vous vous êtes sans doute rendus compte qu’un de mes dadas était de découvrir et de comprendre comment les producteurs de contenus en général et les journalistes en particuliers allaient bien pouvoir continuer à rentabiliser l’énergie, la passion et le temps qu’ils investissent dans leur travail à l’heure où le web vient boulverser considérablement la donne en matière de consommation de l’information. Aucun internaute ne sera en effet jamais assez sot pour sortir son portefeuille s’il peut avoir exactement la même chose ailleurs gratuitement. D’où l’intérêt de créer du contenu propre et surtout de le rendre accessible au plus grand nombre.

A mon sens, refuser de placer les  “consommateurs” au centre de ce processus et chercher à les maintenir captif dans un système d’un autre âge (typiquement “payer pour avoir accès avant même d’avoir pu goûter la marchandise”) est une abération. Les médias traditionnels qui ne l’ont pas compris et qui continuent à croire que le web n’est qu’un produit d’appel vers leurs supports historiques se plantent lourdement. La seule vraie démarche digne de sens à effectuer à l’heure d’aujourd’hui est de donner les rènes à ceux qui constituent la communauté de leurs “consommateurs”. Pour les marques, cela veut dire accepter ne plus avoir de client-type mais des ambassadeurs en puissance; pour les médias, cela signifie “faire confiance” à leurs audiences et pour les journalistes, accepter de descendre de leur piedestal et se mettre au service de leurs lecteurs/auditeurs/téléspectateurs.

Loin d’être mis en danger par le web, les journalistes peuvent au contraire y trouver un formidable appel d’air et un merveilleux terrain pour exprimer les qualités qui sont les leurs en matière de contextualisation, d’enrichissement, de prise de recul, de précaution et de remise en forme digeste de l’information. Leur rôle “d’entonnoir” face aux flux gargantuesques de données qui inondent la population chaque jour n’en n’est que plus crucial. Les journalistes qui ont peur des bloggeurs à ce niveau sont ceux qui ont tout simplement la trouille de ne plus être à la hauteur de leur propre mission.

Le web et ses tuyaux à double sens rendent désormais possible un vrai dialogue entre producteurs et consommateurs, et surtout, décloisonne la frontière entre eux, chacun endossant tour à tour les deux casquettes pour in fine alimenter ce qu’on pourrait appeller le “pot commun”. Si ce que nous recherchons en “consommant” de l’info est avant tout à rassasier une soif individuelle, nul ne peut désormais ignorer que c’est en interaction avec “les autres” que celle-ci sera qualitativement la mieux comblée. Ce que je donne, je ne le perds pas car à l’instant d’après c’est moi qui reçois et à long terme c’est le groupe tout entier au sein duquel j’interragis qui s’enrichit.

Revenons à nos moutons et reposons-nous la question à 8.012 euros: “C’est bien beau tout ça, mais comment moi, producteur de contenus sur le web, je gagne ma vie si je mets gratuitement à disposition de la communauté des internautes le fruit de mon labeur ?”

Prenons par exemple ce qui se passe actuellement dans l’univers open source. Les plate-formes d’exploitation sont cédées aux clients contre une license à 0 euros et c’est la customisation de celles-ci pour les mettre pile-poil en adéquation avec les besoins de ces mêmes clients qui est rémunérée. Ensuite, les développements structurels apportés à telle ou telle plate-forme peuvent être mutualisés afin que les clients suivants puissent en bénéficier et bâtir de nouveaux services.

Pourrait-on appliquer ce processus aux médias sur le web ? Essayons pour voir.

J’offre donc l’accès gratuit aux supports des contenus que je produis (du texte, de l’audio, de la vidéo et pour bien faire les trois en même temps), c’est-à-dire que je ne mets aucun obstacle à la consommation de ma production, à son appropriation par la communauté, à sa viralisation. J’engage ensuite des discussions avec mes “clients” pour comprendre ce qui leur plaît dans ma production et comment celle-ci pourrait encore mieux rencontrer leurs besoins. En tenant compte de leurs attentes et de leurs souhaits, je customise ainsi leur expérience de mes “produits”. Ceux-ci seront donc sans cesse améliorés car ils bénéficieront d’un feedback permanent de la part de ma communauté, dont la soif d’info sera dès lors qualitativement mieux assouvie.

Et c’est ce service-là qui sera rémunéré. Car c’est dans ce processus de sélection, d’enrichissement, de recontextualisation, de mise en forme, de précaution, d’interactivité et de mise à disposition des qualités des producteurs que se trouve la vraie valeur ajoutée à l’information. Et pour laquelle je suis convaincu que les “consommateurs” sont prêts à micro-payer. (Je vous en reparle bientôt).

Je suis convaincu que cette rémunération-là, combinée à de la publicité ciblée et non intrusive, devrait pouvoir assurer aux producteurs de contenus l’indépendance nécessaire pour continuer à faire face aux groupes de pressions et aux moyens colossaux dont eux disposent pour se faire entendre.

Mais ça ne reste que mon avis perso :P